2 | Nos premiers moments en Espagne : des débuts aux mille contrastes

¿Hola, podemos pedir tapas por favor? Les quelques apéritifs présent dans la vitrine ont l’air bien appétissant. Ça tombe bien, après une nouvelle grosse journée de vélo, nous sommes affamés. ¿Es posible tener una cerveza con él? En bon sportif qui se respecte, il faut évidemment aussi une petite mousse après l’effort. Et puis, cela fait un mois que nous sommes partis, ça se fête ! Pour ce qui est de la langue, rassurez vous, je vais arrêter là avec l’espagnol. Loin de moi l’idée de faire le bilingue, j’arrive tout juste à comprendre une phrase sur deux, et je galère toujours autant à aligner quelques mots cohérents pour demander notre chemin. Heureusement, mes compères sont à peu près dans la même situation, ce qui donne lieu à des scènes d’incompréhension assez cocasse avec les locaux. Enfin bref, nous sommes ce soir dans un petit café/restaurant traditionnel à Requela, un petit village isolé à une centaine de kilomètre à l’ouest de Valence. C’est à peu près la moitié de notre aventure espagnole. Et oui, déjà. Ça passe vite. Ou bien seulement, car c’est vrai qu’on a un peu traîné et perdu du temps ces dernières semaines…

Ah, le serveur arrive ! Il a les mains pleines. On va se régaler. Et puis, autour d’une bonne assiette, c’est peut être l’occasion de faire un bilan sur ces premiers moments vécus dans ce pays.

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L’Espagne s’est offerte à nous comme une nouvelle étape sur notre chemin. D’un côté, on s’attendait à ne pas être vraiment chamboulé par rapport à la France, mais de l’autre, ce pays nous apparaissait si mystérieux. Au fond, nous n’en savions tous les trois que pas grand chose. Alors, sans trop savoir à quoi s’attendre au milieu de ce flou de presentiment, nous avons franchis la frontière. Et puis, de notre premier arrêt en bord de route pour acheter une friandise locale à notre arrivée près de Valencia, il s’y est enchaîné pas mal de péripéties. En parcourant presque la moitié de ce nouveau pays, on a pu commencer à le découvrir, même si on reste encore loin de comprendre toutes ses subtilités. En effet, en un peu plus de deux semaines de voyage, l’Espagne nous aura offert un lot de contraste assez considérable…

Il y a d’abord eu la chaleur de la côte catalane, avec ses après-midi en t-shirt, la première baignade, l’apparition des marques de bronzage et la sérénité de ne même plus regarder la météo du lendemain (ce qui est un sacré luxe en voyage à vélo en hiver). On avait chaud. Nous pouvions même ressentir cette appréhension à l’approche d’une côte en pensant à la transpiration qui allait en suivre. Quel plaisir ! C’était bien. L’ Espagne semblait si simple à parcourir, si paisible…

Et pourtant…

Et pourtant, il y a aussi eu le froid et le vent glacial en entrant dans les terres. Il y a eu cette succession de journée sans apercevoir le soleil pour nous réchauffer. On regardait la météo tous les soirs en espérant des lendemains meilleurs… Ces quelques jours m’ont particulièrement marqués. Il est vrai qu’on a rapidement retrouvé le soleil en revenant vers la côte, mais moralement, ça a été dur. Ces réveils avec les mains gelés dès que l’on sort de la tente, ces repas accélérés pour vite retourner sur son vélo se réchauffer, et ce vent, toujours lui, qui ne semblait pas vouloir nous laisser de répits. Alors certes, on a au moins eu la chance d’éviter la pluie, il faut voir le positif. Ca aurait pu être pire. Mais bon, quand même…

 

L’Espagne n’a cependant pas été surprenante que pour sa météo. En quelques jours de vélo, nous sommes passés par toutes sortes de décor : des chemins escarpés après la frontière française, des zones industrielles et des terrains vagues dans la banlieue Barcelonaise, puis des nationales ultra fréquentées et bruyantes à sa sortie, ou encore des routes désertes au milieu de paysages sauvages à perte de vue, où l’on pouvait rouler 30 kilomètres sans croiser de village. Nous avons connus les bars à Tapas branchés de Barcelone et les cafés PMU reculés du pays, les luxueux  quartiers pavillonnaires et les usines désaffectées bordant les routes.

 

Ce pays n’a cessé de nous surprendre par la rapidité de l’évolution de notre environnement. Ca nous arrive par exemple régulièrement de suivre une belle voie goudronnée qui se transforme subitement en chemin parsemé de trou et de gros cailloux (à notre grand désarroi, c’est rarement l’inverse, bizarrement). On doit aussi parfois dévier car notre route est devenue une autoroute. Tous ces brusques changements permettent au moins de dynamiser notre avancé et de créer un certain charme à des situations ordinaires.

Mais au delà de ces caractéristiques que chacun peut connaître et découvrir par lui même en Espagne, ce bout de chemin aura aussi été pour nous l’occasion de connaître des états d’esprit totalement différents. La période catalane représentait l’optimiste, tandis que la suite du pays aura été marqué par l’apparition de nos premières désillusions. Finis les longues pauses au soleil, place à l’arrivée des complications…

Nous avons connus des jours où l’enchaînement des kilomètres était difficile, comme lors de cette étape entre Mequinenza et Caspe où chaque coup de pédale demandait un effort considérable à cause du vent. Évidemment, cette fois comme toutes les autres où nous l’avons côtoyé, il n’était pas dans notre dos. Il faut alors simplement débrancher le cerveau dans les montées en appuyant plus fort, et au contraire être très vigilant en descente car ça peut rapidement devenir un numéro d’équilibriste. 

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On a aussi eu la frustration de devoir changer d’itinéraire à cause de la météo. Nous avions prévu notre route, plein centre de l’Espagne, le franchissement d’une petite chaîne de montagne, ça avait l’air sympa. On avait hâte. Et puis la météo a bouleversé nos plans. Le froid est arrivée, et les prévisions indiquaient des températures allant jusqu’à -7°C sur notre chemin. Il a alors fallu accepter ce coup du sort et nous rabattre vers la côte, causant ainsi un sacré détour. Je pense aussi aux nombreux problèmes mécaniques que nous avons pu avoir et qui nous ont fortement ralentis. Il faut alors retourner le vélo, dispenser les premiers soins, et prendre son mal en patience. Et puis, comment ne pas évoquer la nuit où j’ai perdu mon sac de couchage. Cette nuit à partager un duvet avec Mathis, où nous étions tous les trois allonger sur de la paille, dans une petite cabane de berger à moitié détruite, seul abris disponible contre le vent.

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Tant de rebondissement qui sont autant de souvenirs déjà bien marquants. En quelques jours, on est passé par toutes les émotions, et c’est là une des plus belles choses durant ce genre de voyage. Tout va si vite, mais on a l’impression de profiter encore plus de chaque instant en les vivants beaucoup plus intensément. Les galères, on finit par s’y habituer, et même les accepter. Elles feront partie du voyage, quoi qu’il arrive, autant s’y préparer. Et puis, après en avoir connus, on apprécie davantage les bons moments. Ces difficultés nous auront permis de nous remettre en question, et parfois même de prendre du recul par rapport à nos envies durant ce projet.
En voyage, on devient aussi sensible à des petits détails de notre environnement. La simple apparition de quelques rayons de soleil peut changer radicalement une journée, alors qu’on ne l’aurait même pas remarquer en temps normal. Pour nous, de simples découvertes comme une table de pique nique pour manger à midi (après 4 semaines à manger par terre, ce n’est plus un confort superflu, croyez-nous) ou de simples mots échangés avec des locaux peuvent être des événements particulièrement marquants. A contrario, là où des rafales de vent un peu brusques sont d’habitude une simple anectode à évoquer lors du dîner, elles peuvent transformer une journée ordinaire en une véritable galère

 

Avec ces belles pensés, nos assiettes se finissent rapidement. Le vélo, ça donne sacrément faim. Heureusement, le serveur revient avec une deuxième tournée. Je vois mes deux compagnons se resservir. Si vous pouviez voir ce qu’ils peuvent manger, ces deux-là… Le silence se crée le temps d’un instant. Peut-être le moment pour moi de mener une réflexion un peu plus personnel pour finir…

Au delà de l’épreuve physique et mentale, au delà du manque de confort et du sentiment permanent de manque d’hygiène, ce voyage à vélo est pour moi une belle leçon pour la vie en groupe. En effet, après un mois de route partagée, vous vous demandez peut être comment ça se passe entre nous ? En tout cas, c’est une question que je me posais avant le départ, comment allions nous cohabiter ?

Pour être honnête, il y a eu des hauts et des bas, mais surtout beaucoup de haut. Essentiellement des hauts. Alors oui, il y a toujours la petite « bataille » journalière pour désigner qui aura la dernière tranche de pain de mie ou l’ultime carré de chocolat. Il y a aussi la petite discussion pour savoir à qui est le tour de vaisselle, certes. Mais notre mode de vie est tellement simple et notre routine tellement ancrée qu’il devient difficile d’avoir des sujets d’opposition plus sérieux. Pour ce qui est des choix à faire, ceux qu’on pourrait considérer comme plus important (Quel rythme adapté ? Quel route prendre ? Quels jours beaucoup rouler ou au contraire, se reposer ? Et comment se reposer ? Quoi manger, et quand ?), on essaye de faire plaisir à chacun. Ce n’est pas toujours évident, mais je pense qu’on s’en sort pas trop mal. Nous avons tous les trois à peu près la même vision des choses, ça aide. On discute énormément aussi, ce qui nous permet de connaître les envies de chacun.
Pour moi, cette cohabitation est forcément particulière car nous n’avions jamais vécu ça auparavant. On a tous déjà partagé notre quotidien avec quelqu’un, mais là, c’est totalement différent. On dort ensemble, on mange ensemble, on roule ensemble. Peu importe l’heure, nous sommes ensemble. Il n’y a pas de salle de bains où s’échapper, ni de journée au travail pour voir d’autres personnes, non, il n’y a rien de tout ça. Encore une fois, il faut s’adapter, ce qui a l’avantage de créer de très bon moments et de renforcer notre amitié. Cette atmosphère particulière permet aussi de vivre des instants assez uniques, comme les repas à trois dans une tente quand il fait trop froid, ou ces discussions interminables quand on pédale de front sur les voies vertes.

Et puis, dans le pire des cas, on a tous nos moyens de s’évader un peu du groupe. Ca peut être la lecture, pas mal, la musique, sympa aussi, ou les côtes, là c’est le top ! Vous n’imaginez pas à quel point ça rend pensif une côte. Rouler à 10 km/h, avec une pente qui ne semble pas diminuer devant vous, forcément, on s‘évade. Mais même en pensant à autre chose, ça fait toujours aussi mal aux cuisses, je vous rassure, et on est toujours aussi content d’arriver en haut.

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Sur ces quelques mots, le repas et ce début de soirée dans ce restaurant se terminent.  Il est temps pour nous de partir chercher un lieu où poser nos tentes. Notre éternel rituel quotidien, celui dont on ne peut pas se passer. Un bout de terrain ? Le coin d’un champ ? Une petite clairière dans un bois ? Nous verrons bien, mais de toute manière, avec cette fatigue, ça importe peu. Et puis, il nous reste beaucoup de chemin à parcourir. Demain, nous reprendrons la route direction le sud de l’Espagne. Tant de péripéties nous attendent encore, sûrement, assurément. Allez, il est temps d’aller se reposer en attendant la suite. ¡ Adios !

Merci pour votre soutien et vos messages au quotidien,
A très vite pour de nouvelles aventures les Saha’rouleurs,

Vincent T

1 réflexion sur “2 | Nos premiers moments en Espagne : des débuts aux mille contrastes”

  1. Heeze Luc er Lily

    Ce récit est si merveilleusement réaliste, en le lisant j’ai ressenti le froid, le vent de face incessant, la douleur dans les jambes, l’euphorie d’atteindre un sommet après un exploit acharné, presque inhumain… mais aussi la sensation merveilleuse du moindre événement édifiant, comme tu as parlé du « luxe » d’une table de pique-nique ! Mais surtout, la camaraderie qui existe, basée sur le fait de vivre ensemble des moments amusants et difficiles, est inestimable. Bonne chance et persévérance sur votre chemin vers votre objectif final sans oublier de profiter de vos aventures quotidiennes ! Cordialement… Luc & Lily.

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