7 | Entre la monotonie du Sahara et un rêve d’enfant

Un vacarme nous entoure, on entend le fracas du métal contre les rails, le sol s’agite sous nos corps dans un cycle chaotique de vibrations et de va-et-vient, l’atmosphère est saturée de poussière et le vent joue avec malice à défaire les cheichs que nous portons.

Il est actuellement 1h du matin et nous nous élançons à pleine puissance à travers le désert Mauritanien. Nous sommes au sein d’un des wagons miniers du plus grand train du monde. Un trajet de plus de 10h à l’intérieur de ce monstre de fer, reliant Nouadibhou, ville côtière mauritanienne, à Zouerate en plein Sahara, avec pour oreiller une sacoche et comme matelas un drap aussi fin qu’une feuille de papier.


Et devinez quoi, malgré l’apparente hostilité de cet environnement, je m’y sens bien ! Je savoure l’instant, m’emerveillant de la voûte céleste saharienne, avec ce sentiment si agréable d’accomplir un désir enfoui, de vivre un rêve de gosse…

Alors non, je n’ai pas une passion particulière pour les trains. Ma satisfaction tient d’une autre source et pour vous l’exprimer au mieux le plus simple est de remonter légèrement dans le temps. 


On est en 2011, j’ai alors 11ans, je suis actuellement en sixième et j’ai une passion débordante pour la trottinette freestyle. Sauf que voilà on est dimanche et je suis frustré de ne pas pouvoir aller au skatepark du fait de la météo capricieuse. Alors, résigné, je me poste devant la télévision et je me mets à regarder un reportage retraçant le tour du monde d’une famille en voilier.

Les paysages traversés me laissent bouche bée, leur aventure me donne envie, sauf que pour l’instant je suis affalé au fond de mon canapé et je n’éprouve que de la jalousie à leur égard. Je me souviens, ressentir presque de l’agacement face au père de famille, mettant en avant leur projet en conseillant ce genre d’aventure à tous. Comme si acheter un voilier et quitter pendant 1 an son travail était un rêve « accessible ».


J’étais alors convaincu à ce moment  que le voyage à long terme nécessitait des ressources colossales et était réservé à une partie relativement aisée de la population.

Il aura fallut 3 an pour que ma vision des choses change. Je suis alors en 3ème et je me perds sur YouTube. Je tombe sur une vidéo d’un certains Alex Vizéo se nommant « 1 an autour du monde en 5 minutes », je clique alors dessus sans grande conviction, toujours persuadé de l’innacessibilté de ce genre d’entreprise et je tombe nez à nez face à ce jeune.
Il s’apelle Alex et il me paraît banal.

Banal, mais pas dans un sens méprisant, plus comme un constat de sa normalité. Il est comme moi, à cela prêt qu’il a quelques années de plus. Pas de signes de richesses à première vue, juste un homme voyageant avec un simple sac à dos à travers le monde.
Je me suis donc retrouvé interloqué. La barrière que je m’étais jusqu’alors imaginé sur les voyages au long court ne serait qu’un mirage ? Il fallait que j’en apprenne plus sur cet Alex et son voyage!
J’ai donc enchaîné au fil de cette journée les nombreuses vidéo de sa chaîne, détruisant petit à petit la censure de mes pensées. En une après-midi, une idée me semblant irréalisable rentrait dans le domaine du possible.

Ce jour là j’en étais sûr, moi aussi un jour je partirai arpenter les pays de ce monde. Où et comment je ne le savais pas encore, mais je partirais !
Ainsi, allongé au fond de mon wagon avec Vincent et Mathis, je savoure un sentiment de fierté particulier, le sentiment de réaliser un rêve.

Là vous vous dites sans doute qu’il m’aura fallu du temps pour atteindre ce déclic. Et vous n’aurez pas tout à fait tort.
Depuis notre départ de Grenoble nous avons déjà parcouru prés de 5500km à travers la France, l’Espagne et le Maroc. Ainsi nous sommes bien plus proche de l’arrivée que du départ avec plus qu’environ 1000km à parcourir pour atteindre Dakar. Etrange donc de réaliser seulement maintenant cette évidence…
Que je vous rassure, en réalité ce déclic ce n’est pas la première fois que je l’ai lors du trajet.

Néanmoins, je ne baigne pas dans l’ivresse permanente de cette joie. Il est parfois difficile de se rendre compte que le rêve que nous désirions devient enfin réalité.

Pourtant ce n’est pas faute d’avoir fantasmer ce genre voyage. Et c’est peut être cela le détail qui change tout. Le voyage au long court a toujours été un fantasme à mes yeux. Mais si je devais expliquer précisément ce qui m’attirait dans ce genre d’aventure j’aurais certainement eu du mal à le faire. Donc difficile d’apprécier l’instant, lorsqu’on ne sait pas ce que l’on recherche réellement.
Alors oui par moment, lorsque je suis sur mon vélo, avançant sur les longues lignes droites de la côte saharienne sur des kilomètres et des kilomètres, je m’ennuie.

Le paysage ne change pas, les minutes se ressemblent et je me prend à rêver à d’autres choses.
Je me sens presque coupable lorsque cette lassitude m’imprégne…

Coupable de ne pas savoir apprécier notre voyage à sa juste valeur. Coupable de songer à d’autres aventures par instant, coupable de ne pas savourer pleinement notre trajet.

Pourtant lorsque je prend du recul, je me dis quand même que l’on vit une expérience incroyable. Rien que c’est deux dernières semaines ont été remplies de découvertes, d’ébahissement, de rencontres et d’imprévues. 

La traversée du Sahara, bien qu’étant un peu monotone par moment, est surtout l’occasion de s’émerveiller avec simplicité et de vivre dans un sentiment d’apaisement. Fini l’hyperstimulation quotidienne, ici on ne croise que très peu d’agitation, une station service de temps en temps, un village de pêcheur par-ci par-là et puis c’est tout (Je pense que j’ai rarement été si heureux à la vue d’une station service, que dans ce désert). 

Au cœur de cet océan de sable et de cailloux le moindre changement de décor prend une importance démesurée, amplifiant notre bonheur à la vue de ces anomalies. 

Un cabanon, une dune, un arbre et nous sommes conquis ! 

Nous nous prenons pour des navigateurs, voguant de station en station et étudiant le sens et la puissance du vent, critère crucial du confort de notre journée.

Le vent, cette force mystique si puissante, soufflant avec une endurance infinie le long de cette côte désertique. Nous avons d’ailleurs été chanceux pour le moment, avec un vent en grande majorité de dos. Nous permettant d’effectuer notre record de kilométrage avec 160km parcourus en moins de 6h. Ce vent nous assure également une allure globale importante (90-110km par jour) que nous n’aurions pas imaginé possible quelques semaines en arrière.

Néanmoins, le revers de la médaille est la difficulté de se poser. Impossible de s’arrêter aux bords de la route pour déjeuner en toute tranquillité. Le vent souffle apportant avec lui des nuées de sable, de quoi agacer et rendre impossible un moment de pause agréable si on ne trouve pas un coin à l’abris au préalable (Ce qui, dans un lieu désertique, ne se trouve pas si aisément).
Le souffle complique également nos nuits, mettant à l’épreuve nos tentes. (Une de nos tentes commence d’ailleurs à être pas mal endommagé, on espère que ça ira malgré tout).

Il nous impose une efficacité dans notre rythme, avec peu de pauses et de longues sessions de vélo. Ce qui est avantageux niveau ravitaillement dans un univers aussi vide. (On trouve des épiceries et des points d’eau tous les 60km environ).
Si le Sahara n’est pas forcément un lieu dense en population, il nous a tout de même permis de faire de belles rencontre.

Que ce soit des autostoppeurs marocain que nous rencontrons aux stations services ou même d’autres cyclotouristes !
Nous avons ainsi roulé 2 jours avec Abdel, un marocain s’étant donné comme objectif de rejoindre Nouakchott depuis Casablanca en moins d’un mois.

Une belle occasion de se confronter à de nouvelles habitudes et routine et découvrir une autre vision du voyage à vélo. Par exemple Abdel nous a appris une recette facile de riz au lait, permettant de combler le désir de Mathis face à ce désert qui le faisait tant rêver.
La routine, parlons-en! Loin de moi l’idée de faire un remake de mon premier article, mais il me semble important d’en parler, de nouveau.

Voyager à vélo c’est se créer une nouvelle routine et comme toute routine elle peut devenir lassante. Refaire sans cesse les mêmes actions le matin, se poser toujours les mêmes questions en journée, etc. De quoi normaliser notre quotidien et le rendre fade. 
Enfin j’exagère, le fond de nos journées se ressemble certes, mais la forme varie.

Mais il est important pour cela de prendre des pauses par moment, pour re-profiter pleinement du voyage et des paysages traversés.
Nous nous sommes ainsi arrêtés 2 jours à Dakhla, une ville surprenante du fait de sa localisation.
C’est simple, il n’y a rien autour de Dakhla (et oui on reste dans le désert), pourtant une fois dans la ville on oublie presque le vide des environs. Ici pas tellement de touristes (enfin dans la ville), mais la vie y est présente de quoi passer un bon moment. Autre particularité de Dakhla, elle est un spot de renommé mondiale de kite-surf !

Cependant, le but de notre côté n’étant pas la pratique de ce sport, nous avons plutôt profité de ce que la ville avait à nous offrir, entre baignades, snacks, petit-déjeunés en terrasse et visites. De quoi recharger nos batteries avant de repartir direction la Mauritanie.
Et oui, ça y est nous avons rejoins la Mauritanie. Après environ 2 mois à sillonner les paysages marocains il était temps de changer d’air. Pour cela, quoi de plus impactant que la traversée d’une frontière terrestre avec un no man’s land rempli de mines !

Lieu emblématique de notre préparation de voyage, le no man’s land faisait parti de nos questionnements d’avant départ. (Est-ce que la traversée poserait problème, est-ce que l’atmosphère serait particulière, etc).
Sa traversée s’est déroulée sans encombre, nous permettant de rejoindre Nouadibhou, deuxième plus grande ville de Mauritanie et notre première escale dans ce pays.

Nouadibhou est une ville bruyante et poussiéreuse. Entre le flot de véhicules circulant dans un rythme chaotique dans les rues ne semblant pas comprendre le rôle des feux rouges, les chêvres déambulant en liberté à travers les habitations et les nombreux déchets jonchants le sol, la ville n’est pas forcément une destination de vacances rêvée.
Cela dit (et pour éviter de m’attirer la foudre de Mathis et Vincent), les rues sont dynamiques, les mauritaniens sont chaleureux et ici on se sent réellement dépayser. De quoi rendre la visite de cette ville intéressante et agréable.

Une ouverture sur ce pays, nous promettant de belles surprises en perspective.  
Finalement si ce voyage est un rêve, il en est seulement le début.

Une de mes inquiétudes d’avant départ était la peur de me sentir vide une fois notre objectif accompli. Après plus de 3 mois d’aventure j’aborde cette préoccupation différemment.
Je sais qu’une fois à Dakar je ne serai pas frustré car ce voyage est au final qu’une initiation et non une finalité. Il nous permet de mieux nous rendre compte de nos capacités et de nos attentes face à l’aventure, nous ouvrant d’autres portes pour l’avenir.

Enfin, même si cet article sonne comme un bilan, nous ne sommes pas encore arrivés.
Pour le moment nous sommes à Nouadibhou au nord de la Mauritanie et il nous reste encore quelques semaines d’aventure devant nous !

Merci pour votre lecture !

Vinz

1 réflexion sur “7 | Entre la monotonie du Sahara et un rêve d’enfant”

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